courrier au président de région

Monsieur le Président de Région,
La crise sanitaire extrêmement grave que traverse le monde et, notamment, notre pays amène à prendre des mesures indiscutables pour protéger la santé des citoyens.

Oui, l’urgence est à la protection et la sécurité de toutes et tous !

C’est pourquoi, toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé des populations, des salariés, notamment celle des personnels de santé et des soignants parmi lesquels une grande majorité de femmes, doivent être mises en œuvre.

Cette impérieuse nécessité doit largement prévaloir sur les considérations économiques et, dans la période, l’ensemble des dispositions et décisions prises doivent aller dans ce sens.

MAIS TOUT N’EST PAS ACCEPTABLE !

Pour freiner la pandémie, nous sommes dans l’obligation de confiner un maximum de personnes. C’est un fait indéniable.

Dans le même temps, nous devons tout faire pour que les secteurs indispensables à la vie de nos concitoyens puissent poursuivre leurs activités.

Cependant, si le monde du travail doit être mobilisé, c’est uniquement pour la production de biens et de services répondant aux besoins essentiels de la population, les autres doivent être sans délai stoppées.

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Pour celles et ceux qui sont dans des secteurs économiques, dits essentiels, ou dans des secteurs d’activité prioritaires, nous rappelons qu’il est de la responsabilité des employeurs de fournir aux salariés l’équipement de sécurité nécessaire (masque, gel hydroalcoolique, lingettes…) et d’assurer des conditions de travail qui permettent le respect des «gestes barrières ». A ce propos, il faut préciser que ceux-ci sont loin d’être suffisant puisque la zone de 1 mètre n’est pas une garanti étant donné qu’une personne qui n’éternue pas dans son coude peut envoyer des gouttelettes qui se déplacent en nuage sur une distance pouvant atteindre 6 mètres. La pénurie de masque de protection de type FFP2 étant , et le peu qui existe devant être réservé aux personnels de santé, déjà en manque de ce matériel à l’heure où le pic de l’épidémie n’est pas atteint, il y a un très fort risque de mise en danger des salariés.


De plus, force est de constater que cette obligation élémentaire, de mise en œuvre de toutes les mesures de sécurité, n’est pas toujours respectée, voir même ignorée par quelques chefs d’entreprise considérant que le covid 19 n’est qu’une mauvaise grippe ne touchant que les «personnes âgées», pour faire accepter aux salariés de reprendre le travail.

C’est pourquoi, nous faisons remonter aux services de l’État nombre de dysfonctionnements, si on peut les qualifier ainsi tant parfois quelques situations pourraient relever de poursuites judiciaires, pour mise en danger volontaire de la vie d’autrui.

Nous observons aussi des demandes faites aux salariés de signer des décharges visant à exonérer les employeurs de toute responsabilité en cas de contamination et de renoncement à faire reconnaître leurs droits devant les tribunaux.

Oui, nous le réaffirmons, l’urgence est de protéger.

Cette période, nous invite également à repenser notre modèle productif, en affirmant, dans de nombreux secteurs, la question de notre souveraineté pour ne pas être dépendants, voire plus, d’autres nations et de forces économiques indifférentes aux conditions de vie des populations.

Cette crise majeure contraint tous les responsables à reposer la question du rôle et de la place de la nation pour protéger ses citoyens et organiser les services indispensables à la vie commune.

Nous devons noter, comme l’immense majorité de nos concitoyens, l’incurie de l’Union européenne, prompte à organiser la concurrence entre les travailleurs mais incapable d’organiser la solidarité en temps de crise.

Nombres de questions posées devront trouver des réponses. Les leçons de la crise de 2007/2008 n’ont manifestement pas été tirées malgré les promesses et les belles paroles qui se sont vite envolées.

En conséquence la parole publique est de plus en plus discréditée. Croire qu’il suffirait de faire le dos rond et quelques promesses vite oubliées en attendant des jours meilleurs serait totalement irresponsable.

La crise écologique devant nous, d’autres crises majeures encore à venir, nées de notre modèle de développement, sauraient inévitablement nous le rappeler.

Monsieur le Président, au nom de la Région Normandie, vous venez, à l’image des autres Régions, de débloquer un fond de plus de 70 millions d’euros pour aider l’économie normande.

Nous avons vu les objectifs et la destination de cette mobilisation financière d’importance notamment les 21 m€ de contribution au Fond National de Solidarité mis en place par le gouvernement, les Régions et les Collectivités d’outre-mer…

Pour notre part, au regard des résultats négatifs avérés de nombreux dispositifs d’aides publiques aux entreprises (comme par exemple le CICE qui représente le plus emblématique de ces effets d’aubaine destiné aux entreprises et, cela, sans aucune contrepartie ni engagements en matière d’emploi ou d’investissement…) nous ne pouvons qu’exprimer notre défiance quant à ces mesures.

La CGT considère que toutes aides publiques doivent être connues, justifiées, évaluées, accordées sur la base d’objectifs et de critères précis en fonction d’un intérêt collectif établi.

De même, comment serait perçue une aide financière à une entreprise qui ne respecte pas la vie de ses salariés, une entreprise qui fait signer des décharges à ses salariés, une entreprise qui licencie ?

C’est pourquoi, Monsieur le Président, pour ces mesures exceptionnelles comme pour les autres, nous estimons, comme nous le revendiquons depuis des années, que ces aides et exonérations doivent être soumises à une évaluation sérieuse et plurielle.

Nous considérons au contraire, que toutes ces aides seraient plus utiles aux salariés directement, dont les revenus sont largement amputés, pour faire face aux besoins quotidiens essentiels (nourriture, logement, transport, éducation, …) sans compter les plus démunis tragiquement abandonnés, alors que le logement est le principal outil de confinement.

C’est pourquoi, Monsieur le Président, à l’instar du Comité national de suivi des aides publiques aux entreprises et des engagements, nous vous demandons de mettre en place une déclinaison au niveau régional de ce comité.

Un autre sujet de préoccupation majeur et urgent nous conduit à vous interpeller à nouveau : Le devenir de l ’usine papetière UPM Chapelle Darblay à Grand Couronne.

Si l’on ne prend pas rapidement la décision de réquisition et de sauvegarde, elle risque le démantèlement et donc la fermeture définitive.

La démonstration de son utilité sociale et de sa place en vallée de Seine pour répondre aux enjeux de développement d’une économie circulaire, de proximité et d’indépendance de la filière papier, a maintes fois été démontrée par les salariés et leur syndicat CGT.

Faut-il le rappeler, la sauvegarde de cette papeterie ce n’est pas seulement qu’une question industrielle et de suppression de plusieurs centaines d’emplois, c’est aussi une question d’enjeux environnementaux et démocratiques.

A l’heure où beaucoup évoquent la situation de « l’après » crise du Covid-19, cette usine, acteur majeur de la filière tri et recyclage, représente un véritable symbole de l’industrie de demain.

Monsieur le Président, même si la situation actuelle est difficile elle est néanmoins propice pour prendre une initiative montrant une direction à prendre.
Cette initiative affirmerait une volonté de redressement productif mettant en conformité les actes avec les discours.

Et, parce qu’il y a une échéance très courte avec la fin du PSE annoncé pour juin 2020, la Région doit s’engager avec force, détermination et rapidité sur ce dossier,

Bien évidemment, ce dossier n’est qu’un exemple parmi d’autres où les institutions et organisations sociales se doivent d’intervenir et de montrer leur utilité pour le développement économique et social de la région.

Nous vous le redisons, il n’est plus possible de croire que tout repartira comme avant, sinon à risquer de nouvelles crises écologiques, sanitaires ou sociales.